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Ce que le mime osa ...

Dimanche 23 Septembre 2007 15:06

Le Mime Marcel Marceau est décédé à 84 ans.
Pour expliquer son succès, le mime Marceau, connu dans le monde entier, expliquait que son "langage" n'avait pas de frontières ... Content

Article du Monde (1997)
IL parle de lui à la troisième personne, il dit : " Le mime Marceau fait ceci, cela. " C'est royal, dans un premier temps. On croyait le genre disparu, des grands mégalomanes affichés qui se vouvoient eux-mêmes, qui vous disent tranquillement à quel point ils sont extraordinaires, quel talent baigne leur vie, et comme ils ont bien mérité leurs médailles, et en l'occurrence leur fauteuil à l'Académie des beaux-arts. Et puis non, c'est autre chose. Dans un deuxième temps, on y regarde mieux, on entend un autre ton. Si peu dédaigneux que soit l'homme des vanités, cette troisième personne, intermittente au demeurant, traduit plutôt l'indépendance, l'autonomie de son personnage. Il y a Marcel, d'abord, qui incarne assez souvent le mime Marceau, et Marcel Marceau qui joue le rôle de Bip, un double de lui-même qu'il a créé en 1947. Et entre ces trois-là, même si c'est à la vie, à la mort, il y a parfois, comme chez tout le monde, des courants d'air qui passent.





C'est palpable, dès qu'il entre en scène, avec ses pantalons blancs à bord rond, son gilet à gros boutons, son maquillage blanc et son chapeau déglingué où pousse une rose de tissu un peu bébête, on dirait qu'il descend d'une toile de poulbot montmartrois. Il n'a pas l'air d'être d'ici. Il est d'ailleurs, d'un monde plus poétique. Du reste, il fait, dans le silence le plus mat, des tas de gestes qu'on ne comprend pas toujours. Il faut un peu d'attention pour le suivre, puisqu'il travaille dans l'invisible, sans quoi on est perdu. Ainsi, il pose quelque chose et l'ouvre. Puis tire sur un, deux, trois pieds télescopiques. C'est un chevalet avec sa toile. Il ne faut pas l'oublier quand, par la suite, il revient y poser des touches délicates, avec un pinceau invisible trempé dans des couleurs invisibles.

De même, quand il pose un verre sur une table, puis un autre, et les remplit, alors qu'il n'y a réellement ni verre, ni bouteille, ni table, ni vin, il faut bien mémoriser en quel endroit de l'espace il a posé ceci ou cela qui n'existe pas et qu'il reviendra chercher très exactement à sa place précise et absente. Donc rester vigilant. Et apprendre quelques points de syntaxe simples. Quand il fait un tour sur lui-même, cela signifie qu'il change de personnage, d'interlocuteur. Quand du plat des deux mains il fait un rond vertical, cela indique qu'il se regarde dans un miroir, etc. Une fois ces repères intégrés, on ne le lâche plus, et la puissance de son art est magistrale.

Cet homme plutôt mince et qui a tout de même soixante-quatorze ans se démène comme un gamin, danse, saute, fait des grimaces, s'agite, aligne des gestes impeccables comme des signatures dans l'espace et, en quelques instants, vous peuple toute une scène avec un tribunal au complet, avocats, juges, jurés, accusé, témoins, raconte les faits, accuse, défend, condamne, fait résonner les plaidoiries en jouant des claquettes, prend l'air implorant, furibard, consterné. Sans un mot. Marceau, c'est notre nô, notre kabuki bien de chez nous, avec l'accent de Prévert et le souvenir de Chaplin.

"Je suis né à Strasbourg en 1923, quand l'Alsace était redevenue française. Mes parents se sont fixés un temps à Lille, et c'est là que j'ai fait ma rencontre avec Chaplin au cinéma. Une révélation. Je n'ai pas ri, j'ai pleuré. Ce devait être La Ruée vers l'or. Puis on est revenus à Strasbourg. J'allais au lycée Fustel-de-Coulanges, près de la cathédrale. Mon père élevait des pigeons sur les vieux toits, et mes nuits étaient remplies de chants d'oiseau. Mon père était boucher, nous étions d'un milieu populaire et simple, mais il y avait une volonté d'éducation très forte. Mon père m'emmenait à la boxe et à l'Opéra. Il avait une belle voix, il y avait beaucoup de musiciens de son côté. Du côté de ma mère, on était plutôt philosophe."

En Alsace, une de ses tantes tenait une maison d'enfants et c'est avec eux qu'il fait ses premières armes théâtrales, montant des spectacles avec des enfants, en étant un enfant lui-même. "J'avais dix ans quand j'ai créé ma première troupe. A douze ans, je montais des Charlot, des contes taoïstes. Je le faisais avec un tel sérieux que le public des villageois était ébranlé. Je sentais le poids de l'âme." Il ne pensait pas être mime un jour, se voyait professeur d'anglais. Ou peintre, parce que, dès l'âge de cinq ans, ses dons de dessinateur frappaient ses professeurs. Il n'a jamais cessé de dessiner et de peindre, du reste, dans un style curieux qui, lorsqu'il est d'humeur noire, est à son meilleur et fait penser à James Ensor.

Au moment où la seconde guerre mondiale est déclarée, il a quinze ans. Strasbourg doit être évacuée en quarante-huit heures, les habitants doivent partir en laissant tout, les meubles et le reste. " Les Alsaciens ont été repliés sur la Dordogne, et c'est là que je me suis inscrit aux Arts déco de Limoges. Je faisais des dessins, des émaux. En 1942-1943, la guerre est devenue vraiment tragique. Je suis rentré très tôt dans la Résistance, vingt ans. Mon père a été déporté en février 1944. Un cousin m'a caché dans une maison d'enfants à Sèvres. Ça me fait penser au film de Louis Malle. On était quatre-vingt-dix enfants chrétiens et juifs, et sur la maison était écrit ``Service social du maréchal Pétain``. C'étaient des socialistes qui sauvaient des enfants et se cachaient sous cette identité pétainiste. "" J'ai donc été moniteur d'art dramatique dans cette maison et j'en ai profité pour aller chez Dullin, poursuit-il. C'est là que j'ai rencontré le mime Decroux. Il y avait des cours de voix, d'escrime, de chant, etc. Et de mime, avec Decroux qui était le maître de Jean-Louis Barrault et qui allait jouer le rôle du père de Baptiste dans Les Enfants du paradis. Il me demande mon nom. Je lui dis : ``Marceau.`` Il me dit : ``Quel beau nom de général.`` Je l'avais pris dans la Résistance à cause du vers de Hugo : ``Hoche sur l'Adige, Marceau sur le Rhin.`` J'étais né dans le Bas-Rhin et je voulais bouter les Allemands hors de France. Donc je lui ai joué la pantomime de l'assassin, que m'avait inspiré la lecture de Crime et Châtiment et il a déclaré que j'étais un mime-né. "

Dimanche 23 Septembre 2007 15:22

Bip a cassé sa pipe... son dernier rôle en somme. Salut l'artiste ! Émoticône
Message modifié 1 fois, dernière modification Dimanche 23 Septembre 2007 15:23 par luceen
e pericoloso sporgersi

Dimanche 23 Septembre 2007 18:15

En tennis de table , Marcel Marceau aurait pu faire le "mime au let" Émoticône

Dimanche 23 Septembre 2007 18:32

......................................?........................... !!!
e pericoloso sporgersi

Dimanche 23 Septembre 2007 20:23

Bon voyage au mime Marceau -le seul artiste qui n'ait jamais eu dans toute son existence de geste déplacé- maintenant qu'il a franchi les portes de la perception.
Toujours d'humeur pour l'humour, sans déc ...
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