Même si cela n'est pas une excuse, ce n'est pas Microsoft pour une fois qui a initié de telles pratiques en Chine, mais les concurrents. Et puis l'ouverture vers le monde de la Chine, j'en suis persuadé, se fera doucement. Le principal était de mettre un pied en Chine je suppose pour Microsoft, s'ouvrir un marché qui de toute manière sans restriction ne se serait pas ouvert !
Les firmes françaises s'installant en Chine pour construire des voitures, les Français qui achètent des vêtements Made in China, ne sont-il pas eux aussi condamnables, cautions du régime chinois, en extrapolant au maximum ?
Tu as raison sur le fait que nous pouvons, en tant que consommateurs, avoir le pouvoir de ne pas acheter chinois. Mais cette "pression économique", même suivie à assez grande échelle, ne sera pas nécessairement identifiée comme une condamnation du régime chinois.
L' intervention d' un chef d' Etat le serait davantage. Mais bon, le politique et l'économique se confondent parfois, et il n' y a guère que des O. N. G. comme "Amnesty International" pour dénoncer officiellement les exactions, les exécutions capitales, les massacres...
Ceci dit, nous avons dévié et j'aimerais revenir au sujet sur la pauvreté (qui s'accompagne dans beaucoup de pays pauvres d'un manque de liberté c'est vrai) : peut-on s ' accorder sur la définition, la vision de la pauvreté ?
Où commence-t-elle ? Est-ce qu'il faut vraiment "crever de faim sur le trottoir" pour être considéré comme pauvre, ou d'autres privations moins extrêmes mais réelles peuvent-elles être prises en compte, comme ne pas pouvoir chauffer suffisamment son logement, ne pas pouvoir recevoir des amis, ne pas pouvoir se rendre à une réunion de famille, ne pas pouvoir se soigner, "toujours tirer le diable par la queue", ne pas pouvoir faire de projets d'avenir, etc ?
> tsavatanen : je ne suis pas au courant à propos de l' aide humanitaire fournie par l' Arabie Saoudite, quant au "parce que...", tu fais allusion à Al Qaïda ? Ce n'est pas très clair, désolé. Tu peux aussi nous donner ton point de vue sur le sujet (la pauvreté)
Non, je ne fais pas le moins du monde allusion à Al Qaïda (pas plus que je ne fais allusion à l’ETA quand je parle de l’Espagne), c’est juste que je trouve que dans ce sujet on tente d’expliquer pourquoi les personnes ou les pays riches donnent de l’argent comme si cela nous excusait de ne rien donner à titre personnel…
Citation de Nivôdjeu :
Notre société serait-elle, bien ou parce que plus riche, moins généreuse qu'avant ?
Personnellement je ne crois pas que le fait qu’une société soit riche implique qu’elle sera égoïste pas plus que le fait qu’elle soit pauvre signifie qu’elle sera généreuse.
montre que selon la définition retenue pour la pauvreté (50% de la médiane : définition Française ou 60% : définition Européenne), la proportion de pauvres varie du simple au double.
Un moyen de réaliser ses objectifs : changer d' indicateur...
Comment réduire la pauvreté… dans les statistiques
Par Jean Gadrey, Professeur émérite d’économie, Université de Lille 1. Article initialement publié dans l'Humanité daté du 24 mai.
Martin Hirsch avait énoncé et fait reprendre par Nicolas Sarkozy, en octobre 2007, un « engagement national contre la pauvreté » (une réduction d’un tiers du nombre de pauvres d’ici 2012). On savait depuis des mois qu’il souhaitait changer la mesure de la pauvreté, réalisant qu’avec le principal indicateur existant, son objectif ne pouvait pas aboutir.
Avec une notion de « pauvreté ancrée dans le temps », Martin Hirsch pourrait réduire le nombre de pauvres de 1,7 million entre 2006 et 2012 sans rien faire, sauf un changement de définition statistique.
En France et dans la plupart des pays développés, on évalue prioritairement le nombre de pauvres sur la base d’un seuil de pauvreté monétaire défini en termes relatifs, comme proportion (le plus souvent 60 %) du revenu médian de l’ensemble des ménages. C’est sur cette base que l’on estime qu’en 2005 (dernière année connue), il y avait 7,1 millions de pauvres « au seuil de 60 % » en France, chiffre que citait Martin Hirsch lorsqu’il s’engageait à le réduire de 2 millions. C’est aussi de cette façon que l’on évalue le seuil de pauvreté à 817 euros pour une personne seule en 2005.
Les arguments en faveur de la définition relative de la pauvreté monétaire sont connus : être économiquement pauvre, dans une société donnée, c’est ne pas avoir accès à certains standards de niveau de vie. Or ces standards changent avec le temps. Ce ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’en 1900, ou même en 1960 ou 1980.
Or, depuis des mois, Martin Hirsch s’active pour que l’on change ce thermomètre au bénéfice d’une notion de « pauvreté ancrée dans le temps ». L’idée est la suivante : on conserverait (dans l’exemple d’une personne seule) le niveau de 817 euros « à prix constants » pour les années à venir, ce qui veut dire que le pouvoir d’achat du nouveau seuil de pauvreté en 2012 serait identique à celui de 2005. Comme, au fil des ans, le revenu médian va progresser à prix constants (il a augmenté de 11,5 % entre 1998 et 2005), ce seuil de pauvreté immuable sera de plus en plus faible par rapport à la médiane : l’écart se creusera entre les pauvres ainsi comptabilisés et les autres.
Avec cette méthode, Martin Hirsch pourrait réduire le nombre de pauvres de 1,7 million entre 2006 et 2012 sans rien faire, sauf un changement de définition statistique. Voici comment. Supposons qu’un homologue de Martin Hirsch ait décidé avant lui de mettre en œuvre un indicateur de pauvreté « ancré en 2000 » et posons-nous la question : combien cela ferait-il disparaître mécaniquement de pauvres des statistiques en 2005 (par rapport à l’indicateur de pauvreté relative) ?
Il y avait en 2000 autant de pauvres « au seuil de 60 % » qu’en 2005, soit 7,1 millions de personnes en France métropolitaine. Mais, avec la méthode Hirsch appliquée à un indicateur « ancré en 2000 », le taux de pauvreté baisserait fortement : de 12,5 % à 9,7 %. Le nombre de pauvres passerait de 7,1 millions à 5,7 millions, soit 1,4 million de pauvres en moins en cinq ans, 280 000 par an en moyenne. En six ans, cela ferait environ 1,7 million en moins, en sept ans deux millions… pour peu que la croissance reste semblable à celle des années 2000-2005 (au demeurant faible : 1,7 % par an en moyenne).
En choisissant d’évaluer le succès de sa politique avec un tel indicateur sur une période de cinq ans (2006-2011), ou peut-être de six ans (2006-2012), ce qui n’est pas encore affiché clairement, Martin Hirsch s’assure déjà que son objectif de deux millions sera atteint aux trois-quarts, voire aux quatre cinquièmes, sans rien faire. Peu de responsables politiques ont cette chance !
Encore faut-il ajouter que, pour déduire l’inflation, l’indicateur Hirsch utilise l’indice général des prix. Or on sait qu’au cours des années récentes, les prix ont augmenté nettement plus que cet indice pour les dépenses contraintes (logement, énergie, etc) et pour l’alimentation et l’essence, qui pèsent lourdement dans les budgets modestes. Cet indicateur sous-estime donc l’inflation spécifique qui affecte les plus pauvres, et donc le nombre de pauvres. Ce n’est même pas un véritable indicateur ancré dans le temps (qui supposerait de suivre les prix des dépenses des ménages concernés), c’est pire.
Lorsque Martin Hirsch présentera son bilan, on peut parier qu’il fera tout pour mettre en avant son « indicateur central », celui qui réduit la pauvreté sans rien faire dès lors que le revenu médian progresse. Cette manipulation serait un mauvais coup pour la démocratie statistique, et pour la démocratie tout court.
La réduction de moitié de la pauvreté d'ici à 2015 hors d'atteinte, selon la Cnuced
LE MONDE | 17.07.08 | 13h40 • Mis à jour le 17.07.08 | 13h40
Les pays les moins avancés (PMA) bénéficient d'une forte croissance économique, mais celle-ci ne se traduit pas par une réduction de la pauvreté. Résultat : les PMA "ne sont pas près d'atteindre l'objectif d'une réduction de moitié de l'indice de la pauvreté entre 1990 et 2015", constate le rapport annuel de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) rendu public, jeudi 17 juillet, à Genève.
En 2005, précise le document, 36 % de la population des PMA vivaient dans l'extrême pauvreté. "Même si l'indice de la pauvreté diminue lentement, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar ou moins de 2 dollars par jour était plus grand en 2005 qu'en 2000", ajoute la Cnuced.
La nature de la croissance explique ce paradoxe. "Elle ne correspond généralement pas à un processus de développement partagé", déplore le rapport. En clair, la Cnuced constate que, si l'intégration des PMA dans l'économie mondiale est une bonne chose, elle ne suffit pas pour réduire la pauvreté. Il faut également développer le marché intérieur et le réorienter "en direction d'un développement plus soutenu et solidaire". C'est là que les pays riches, qui financent les budgets de nombre de PMA, ont un rôle à jouer en assouplissant les conditions d'octroi de l'aide. Celles imposées par les institutions financières internationales "restreignent la marge d'action des gouvernements (des PMA) et ont des conséquences néfastes", conclut le rapport.
Jean-Pierre Tuquoi
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Jeudi 17 Juillet 2008 15:23 par
Nivôdjeu
Selon une étude de l'Insee, 13,2% de la population française vivait en dessous du seuil de pauvreté en 2006, c'est-à-dire avec un revenu disponible inférieur à 880 euros par mois. En 2004 ce taux était de 11,7%.
Près de huit millions de personnes vivent sous le seuil de pauvres en France. (Sipa)
Environ 7,9 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté en France en 2006, soit 13,2% de la population, selon une étude de l'INSEE parue mercredi 5 mai. En 2004, rappelle l'Institut national de la statistique et des études économiques, ce taux était de 11,7%, soit près de sept millions de personnes.
L'Insee rappelle qu'en 2006, une personne vivant seule était qualifiée de pauvre quand son revenu disponible était inférieur à 880 euros par mois et à 1.320 euros pour un couple sans enfant.
Près d'un tiers des personnes vivant au sein d'une famille monoparentale (30,3%) étaient confrontées à la pauvreté, soit une proportion 2,3 fois plus importante que dans l'ensemble de la population. Cela représentait plus de 1,6 million de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. A noter que les familles monoparentales sont le plus souvent constituées d'une mère et de ses enfants (85% des cas).
Un retraité sur dix en dessous du seuil de pauvreté
A l'inverse, les ménages les moins touchés par la pauvreté étaient les couples sans enfant: seuls 6,4% des personnes en couple sans enfant étaient dans ce cas.
Dans cette étude intitulée "Inégalités de niveau de vie et mesures de pauvreté en 2006", l'Insee note qu'au cours des dix dernières années, la baisse de la pauvreté a plutôt bénéficié aux familles nombreuses (couples ayant trois enfants ou plus), dont le taux de pauvreté a diminué de l'ordre de cinq points, alors que la situation des personnes seules et des familles monoparentales a peu évolué.
L'emploi reste une protection contre la pauvreté, observe aussi l'Insee. Ainsi, en 2006, 9,8% des personnes actives, au sens du Bureau international du travail (BIT), c'est-à-dire occupant un emploi ou en cherchant un, avaient un niveau inférieur au seuil de pauvreté, alors que 15% des inactifs étaient dans cette situation.
Près d'un retraité sur dix (9,6%) avait un niveau inférieur au seuil de pauvreté, ce qui représentait 1,2 million de personnes. Les taux de pauvreté des enfants et des étudiants vivant chez leurs parents étaient élevés, respectivement 17,7% et 18,2%.
Niveau de vie croissant jusqu'à la retraite
L'Insee souligne par ailleurs qu'en 2006, le niveau de vie était globalement croissant avec l'âge jusqu'à 59 ans, puis décroissant. A partir de 50 ans, la taille des ménages commence à se réduire avec le départ des enfants qui ont grandi, et le niveau de vie moyen est ainsi maximum pour la tranche d'âge 55-59 ans. Après 60 ans, le revenu est principalement composé de pensions et retraites, qui sont inférieures aux revenus d'activité de la période précédente.
Selon l'Institut national de la statistique et des études économiques, les générations n'ont toutefois pas toutes au même âge des niveaux de vie équivalents. Si les générations nées avant 1950 ont, à chaque âge, un niveau de vie supérieur à celui de leurs aînées, ce n'est plus le cas pour les générations suivantes.
L'Insee observe par ailleurs qu'en 2006, le niveau de vie médian, qui partage la population en deux parties égales, était de 17.600 euros, soit 1.470 euros mensuels. Le niveau de vie des 10% de personnes les plus aisées était 3,4 fois supérieur à celui des 10% des personnes les plus modestes.